0f5f7adbe68445d3b599ffb58407ae6d.jpgLe virtuel n'est pas la réalité

La très grande majorité de ceux qui se disent ou considèrent survivalistes se retrouvent sur Internet. Il fréquentent des sites web, des forums de discussion ou des groupes facebook.

Sont-ils réellement survivalistes?

Dans ces groupes virtuels, on y voit souvent des combats de coqs sur celui qui aura raison sur le scénario de catastrophe qui surviendra. Ils savent mieux que tous ce qui arrivera, bien entendu.
Ou alors, ils discutent d'armes à feu, sans savoir réellement ce qu'ils disent.

Viennent ensuite les "nouveaux", qui cherchent à s'initier au survivalisme. Ils sont rapidement rattrapés par l'éternel confusion entre la survie et le survivalisme.
Finalement, des "experts" de ce domaine viennent endoctriner tout ce monde avec des théories du complot et des concepts politiques qu'ils associent au survivalisme.

Et pour couronner le tout, il y a les vendeurs. Ils ont des tas de "stages de survie" à proposer, généralement axés sur les armes. Mais ils vont aussi vous apprendre comment survivre à une fin de semaine dans le bois, comment se constituer des stocks d'or et d'argent (parce que l'argent en papier ne vaudra plus rien) et un tas d'autres éléments tous plus instructifs que les autres. Mais totalement inutiles!

de165730a58cb74ec28c1587df0fc887.jpgLe marché survivaliste

On ne se cachera pas que le survivalisme est un mouvement où l'insécurité est la norme. Des tas de gens l'ont compris et en profitent pour lancer des tas de trucs "survivalistes" plutôt chers qu'ils sont désireux de vous vendre. Des kits de survie, des filtres à eau, des allume-feux au magnésium, des BOB (sac d'évacuation), des EDC, (trousse), des couteaux, des arcs, des bouteilles, des foyers ou poeles portatifs, des MRE (repas individuels prêts à manger),  la liste est longue.
Le survivaliste virtuel va épuiser son budget pour se procurer tout ça, en plus des réserves de bouffe. Et il y a une raison à ça. 

Le vrai survivaliste

0dafb47b7aaa635eb91674395be6c4f5.jpgNe le cherchez pas sur internet, il y est mais ne parle pas en détail de ses préparatifs. Généralement, il a essayé d'aider les autres dans leurs débuts mais a renoncé parce que d'autres croient savoir mieux que lui ce qui est bon ou pas. Il rigole un peu de voir l'importance que les armes à feu ont dans les discussions. Il se marre encore plus de voir les gens fantasmer sur "ce qu'ils feront avec une arme si un zombie vient chez eux".
Entretemps, il a un mode de vie qui vise l'autonomie. Il produit sa nourriture, il amasse un tas de matériel: rébus de métal, de bois etc. car tout objet peut avoir son utilité soit en le réparant, soit en l'adaptant soit en l'échangeant.

Il n'a pas de réserves de rations militaires. Il n'a pas non plus de beaux sacs d'évacuation. Le mercantilisme ne le touche pas car il a décidé de faire confiance à son jugement et ses capacités avant de faire confiance à d'autres. Et c'est ça qui fait la grande différence entre un survivaliste virtuel et un survivaliste réel.

Il n'a aucun intérêt sur qui conspire contre le monde entier ou contre lui. Il sait que ce système peut changer pour le pire un jour ou l'autre, comme il peut ne pas changer de son vivant.
Il a en fait choisi un mode de vie réaliste et viable. Il adapte sa manière de vivre à ses besoins, pas à une doctrine politique.

ca8d5fe21844c5897dac3c959080027e.jpgSe préparer mais à quoi?

Le survivaliste virtuel ne sait généralement pas trop se préparer à quelle éventualité et on ne peut pas lui reprocher. Il se véhicule tellement de scénarios de catastrophes qu'il en perd la notion de priorités: cataclysme nucléaire, EMP (grille l'électronique), sécheresse mondiale, guerre mondiale, épidémies, tremblements de terre, apocalypse biblique etc...

Les survivalistes virtuels habitant en zone urbaine auront tendance à se faire des réserves et se donneront les moyens pour fuir la ville. En vérité, il y a peu d'autres alternatives (sauf si on sait faire pousser des plantes en zone urbaine et amasser de l'eau). Mais ça reste une préparation à court terme.
Les gens des campagnes auront plus tendance à vouloir prolonger leurs modes de vie actuels et ils n'ont pas tort. Car ils ne sont pas loins d'être autonomes. Par campagne, on définit une personne habitant dans un secteur non urbanisé, disposant de tous les attributs qu'on retrouve à la campagne: champs, boisés avec des voisins relativement éloignés.

Toutefois, ça reste encore du court terme alors qu'un catastrophe peut durer des années.

7af84aa1b4a342217c6af803f984c154.jpgLes types de catastrophes

Peu importe ce qui arrivera, il existe 2 types de catastrophes auxquelles se préparer: 

Le court terme et le long terme

Pour chaque catastrophe, il y a un "pendant" et un "après".

Pour les catastrophes à court terme, le "après" survient après quelques jours, semaines ou mois. 
Pour les catastrophes à long terme, il y a le 'pendant" et le "après" est un "pendant" prolongé qui s'améliore graduellement ou pas ..

Le survivaliste virtuel se prépare activement pour une catastrophe à court terme, le temps qu'il déménage à la campagne (où? souvent il n'en a qu'une vague idée). Le vrai survivaliste, celui qu'on ne voit pas sur internet, a depuis longtemps préparé le "pendant" et le "après" en fusionnant sa manière de préparer les catastrophes à court et long terme.

37443d5da9ed5808dc7398c787326153.jpgLe "Pendant" et le "Après"

Si une catastrophe survient, les conditions changent évidemment pendant la catastrophe, mais une fois que la catastrophe est passée, que reste-t-il?

Si c'est une catastrophe comme la Crise du Verglas, le "Après" ressemble drôlement au "avant", alors la vie continue. Mais si la catastrophe est suffisamment grave pour détruire toutes les structures sociales, économiques, culturelles voire même matérielles ou organisationnelles, que reste-t-il? Qu'est-ce qu'il restera qu'on pourra utiliser?

Le survivaliste virtuel confond survie et survivalisme. On ne peut pas lui reprocher car il manque d'expérience. Pour lui, le "Pendant" se fait de manière primitive, en allant se réfugier dans le bois. Ce n'est pas tout le monde qui peut se débrouiller correctement dans la forêt, en particulier si ça concerne une famille.

Rapidement, les besoins particuliers des enfants se manifeste et la forêt n'a pratiquement rien à donner à ces enfants.

Le "Pendant"

Évidemment, la première préoccupation est de préserver ce qui peut l'être. À chacun de déterminer ses priorités. Mais on peut supposer que la nourriture sera en tête, suivie de l'eau, des vêtements. Le "Pendant" est une période où le combat pour préserver nos vies, santé et biens est constant. 
Le survivaliste virtuel, qui est généralement préparé pour le "Pendant" aura paradoxalement un "Pendant" qui durera beaucoup plus longtemps qu'un vrai survivaliste car il n'est pas en mesure de préparer son "Après".

 

 

 

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Les clans

Plusieurs croient qu'il faut être membre d'un "clan" pour espérer survivre. Il est vrai que l'humain est un animal social Mais chercher frénétiquement des membres de clan est non seulement futile mais nuit à l'avancement de nos préparatifs, ne serait-ce que parce qu'on perd du temps. De toute manière, dans la vie actuelle, on ne choisit pas ses voisins et pourtant, on arrive à les tolérer! Mieux encore, on développe parfois de belles relations avec le voisinage.

En cas de catastrophe, les gens se regrouperont ensemble naturellement. Le voisinage sera d'un grand secours dans certaines circonstances. Si tous font face à la même menace, tous s'organiseront. On l'a vu dans les quartiers de Sarajevo il y a quelques années et on le voit présentement à Lougansk, Donetsk et Slaviansk dans le république populaire de Novorussie (Est de l'Ukraine). Mais même si vous avez un groupe avant une catastrophe, il n'est pas certain que tout le groupe puisse se regrouper car certains membres peuvent habiter relativement loin: les routes peuvent être bloquées.

À l'origine, le regroupement en clans chez les survivalistes servait surtout à bâtir une communauté de gens qui se protégeaient et s'aidaient mutuellement. Sans habitation ou lieu commun, le clan deviendra rapidement un bande nomade qui pillera ou pire, chassera les occupants d'un endroit pour se l'approprier.
On peut répondre à cela: "Je m'en fous, ce qui compte c'est que je survive". Mais nous (qui sommes les cibles potentielles), on ne s'en fout pas. Parce que non seulement ces groupes risquent d'être violents mais en plus, une catastrophe, ça ne dure pas éternellement. Tôt ou tard, la société se réorganisera et ceux qui auront dépassé les bornes devront répondre de leurs actes. Ça a toujours été comme ça et ça le sera encore.

Un des arguments en faveur du groupe est la capacité d'avoir des gens possédant des compétences diverses. Ce n'est pas faux. Mais certaines approches sont irréalistes ou "overkill". Par exemple, tous veulent un médecin ou une infirmière dans leurs groupes.
Avez-vous pensé que les médecins et infirmières, ils pratiquent dans des conditions optimales? Que le traitement des blessures et maladies reposent actuellement sur des équipes et de l'équipement spécialisé?
Un médecin seul peut possiblement arriver à faire un diagnostic sans support d'un laboratoire médical si ce n'est pas complexe. Un infirmière peut arriver à prodiguer les premiers soins et même des soins complexes mais sans support global, elle ne pourra utiliser ses compétences au maximum.

Chez les survivalistes virtuels, on constate rapidement que tous veulent aller chercher des compétences similaires: techniques de survie, premiers soins, maniement des armes. Le clan risque alors d'avoir des tas de secouristes sylvestres armés mais peu de mécaniciens ou de menuisiers!

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Les compétences et les mythes

Plusieurs survivalistes virtuels cherchent à développer des compétences pertinentes. Par pertinent, on définit des compétences qui seront évidemment utiles dans un contexte de catastrophe. Voyons les compétences les plus populaires.

 

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Les armes

Ainsi, ils vont souvent apprendre à tirer à l'arc ou la carabine parce qu'il iront chasser. Juste au Québec en temps normal, il y a 600 000 chasseurs et beaucoup rentrent bredouille. Non seulement le gibier est difficile à chasser mais il est relativement rare. Ce n'est pas pour rien qu'en temps normal, la chasse à l'orignal (par exemple) est limitée à un seul pour deux chasseurs en plus du tas de restrictions imposées dans certains secteurs (pas de mâle ou pas de femelle etc.).
Penser aller chasser et ajouter une pression prédatrice supplémentaire sur une forêt déjà "gérée" par les chasseurs, c'est vouloir épuiser cette ressource. Évidemment, certains prétextent officiellement la chasse pour acquérir des armes mais leurs buts réels est plutôt la défense ou pour se donner un rapport de force  pour acquérir des biens (autrement dit, des mouettes). C'est plutôt inquiétant car très peu de survivalistes armés ont une expérience réelle de ce que peut représenter un chaos où les armes sont utilisées.

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L'herboristerie

C'est un sujet délicat car ça peut être effectivement utile. Toutefois, pour profiter vraiment de l'herboristerie, il faut de solides connaissances et expériences qui ne s'acquièrent pas en quelques séances d'herboristerie.

L'herboristerie est l'ancêtre de la pharmaceutique dans le sens où à une certaine époque, la majorité des traitements provenaient d'un agent actif dans une plante. La pharmaceutique a fait évoluer le principe en isolant la molécule active d'une plante et plus tard, en inventant des molécules.
Dans un contexte survivaliste, il est illusoire de penser inventer des molécules mais il est réaliste de penser extraire ou même fabriquer des molécules actives à partir de matériel disponible. Ainsi, on peut se faire un très bon hémostatique (coagulant), de l'aspirine, du chloroforme et plein d'autres produits utiles mais ça dépasse le cadre de cet article.

Le problème de l'herboristerie, qu'on retrouve dans pratiquement toute les spécialisations, est qu'il est difficile de s'en sortir. L'herboriste va évidemment préconiser l'usage systèmatique de ses connaissances alors que parfois, un médicament fabriqué serait plus approprié. On entre dans le domaine de la doctrine, puisque toute connaissance spécialisée est doctrinale. D'ailleurs le mot doctrine et docteur ont la même racine latine, ce n'est pas pour rien! Encore une fois, la doctrine peut nuire si elle est appliquée intégralement.

3ac219f7f0e11d6a53f45818c631961b.pngL'agriculture

Si il y a un domaine utile et pertinent, c'est bien celui-ci! Quelqu'un qui sait comment faire pousser des aliments est la personne la plus précieuse sur Terre en cas de catastrophe prolongée.

La culture des fruits, des légumes, des céréales ont toujours été associées aux sociétés antiques qui ont dépassé en nieau de vie et en puissance les sociétés qui n'y avaient pas recours.
C'est le sédentarisme qui a permis à l'humain de progresser. Et le seul moyen d'être sédentaire est d'avoir sa nourriture près de soi, ce que l'agriculture permet. Avec les techniques modernes de conservation (qui seront disponibles en cas de catastrophe), il n'y a aucune raison pour ne pas avoir recours à l'agriculture.

Nous avons au Québec un climat rigoureux mais il nous permet malgré tout de faire pousser sa nourriture. C'est beaucoup de travail l'été, mais ça donne des hivers où on a beaucoup de temps libre!

4c848be5b87914c2404acbb61a3cc5de.jpgLa menuiserie

Tout le monde sait couper une planche avec un scie électrique mais peu savent réellement travailler le bois. Le bois est un matériau dont ses propriétés changent avec le temps: il devient plus sec, peut se tordre etc. Un menuisier sait reconnaitre les comportements prévisibles de différentes essences de bois. Il connait aussi les techniques de fabrication pour mieux utiliser le bois. Il connait aussi le traitement optimal du bois et si il est passionné, il connait aussi par coeur les anciennes techniques pour teindre, vernir bref, protéger le bois contre les intempéries. Un menuisier est un personne très utile en cas de catastrophe prolongée.

ec4a5f0fd3b5f9af04effeb88f0115b4.jpgLa "BAD"

Tout d'abord l'acronyme "BAD" signifie "Base Autonome Durable"... Autrement dit, une fermette autonome. Ce n'est pas à proprement parler une base à moins de définir toutes les habitations humaines de "base".
Tous veulent posséder une telle installation en cas de catastrophe sans savoir réellement ce que ça signifie. 

L'autonomie énergétique de la "BAD": Dans tous les cas, le mot alternatif est la règle: il faut un chauffage principal mais avec des énergies alternatives: l'électricité peut manquer, le gaz naturel aussi ainsi que le mazout. Le bois est à préconiser pour affronter nos hivers québécois ainsi que le méthane pour ceux qui transformeront les déchets de la fermette en gaz. Des cellules solaires et des éoliennes peuvent procurer le minimum d'électricité requise.

L'autonomie alimentaire de la "BAD": C'est le problème le plus important. Alors qu'il est facile de récupérer du bois, il ne se mange pas. Garnir l'abri de réserves n'est pas synonyme d'autonomie: Des réserves, ça s'épuise et ça se vole! Ainsi, une fermette qui ne produit pas sa propre nourriture n'est pas une fermette ni une "BAD". 

Et c'est sur l'aspect alimentaire qu'il faut mettre les efforts. Si une personne possède une fermette dans l'unique but d'évacuer, ce n'est plus une "BAD" car la personne n'aura manifestement pas d'aliments qui pousseront dans le champs de la fermette, puisqu'elle n'y est pas en permanence pour cultiver.
Pour ceux qui croient que des réserves suffiront pour la première année et qu'ils auront le temps de cultiver l'année suivante, sachez qu'un champs demande un entretien constant. ceux qui possèdent déjà un petit potager en zone urbaine vous le diront!

L'achat de la "BAD": soyons francs... Pour la majorité des survivalistes, c'est un fantasme qui ne sera jamais réalisé. Les coûts d'achat sont trop élevés et très peu sont désireux de quitter leur ville confortable pour jouer à "les arpents verts" en campagne.
Certains astucieux préconisent d'acheter une "BAD" et de proposer une place à des gens, moyennent financement. Le problème est que tous veulent leur "BAD" en se faisant financer par d'autres mais que personne ne veut financer une autre pour une "BAD" qui serait en quelque sorte louée.

Le seul moyen en définitive est de regrouper les ressources financières de plusieurs et d'acheter en copropriété, d'y placer une personne en permanence pour faire fructifier la terre...  

f45b79b0ec1b6312d25c84c8e0af33da.jpgQui a dit que ça serait facile?

Non, ce n'est pas facile être survivaliste. Ça demande une très grande discipline personnelle et financière. Mais ça demande surtout une volonté de sacrifier la vie "normale" au profit d'une vie plus autonome, indépendante et soyons franc, plus difficile mais ô combien plus valorisante.

Comment fait-on pour y arriver alors. Graduellement. Il faut prévoir à long terme le changement de vie, éviter d'acheter des tas de trucs "de survie" inutiles (ça finit par coûter très cher), diminuer son niveau de vie, faire ses propres recherches sur l'énergie, l'alimentation (parce que les pires inepties sont véhiculées sur Internet) mais surtout, avoir la participation de la famille au complet. Une personne seule dans une famille n'y arrivera pas. Si vous avez la possibilité de fonder une commune en copropriété, ça pourrait accélérer le processus.
Courage, des gens y sont arrivés, vous pouvez aussi!